Maïté Dodin aime les pommes. Cela s’entend. La présidente des Croqueurs de pommes des collines du Perche sait mieux que personne les faire vivre. Avec des mots. Qu’elle parle de couleur, de forme, de texture, elle dispose d’une vaste palette d’adjectifs qui lui permettent de composer de véritables peintures de ce fruit que plus personne n’oserait aujourd’hui qualifier de défendu. Maïté nous parle de « ses » pommes.
« Ma préférée, c’est la pomme de Coudre, le fruit emblématique du Perche. C’est une pomme ravissante qui accompagnait les enfants à l’école. Elle a une robe qui va du vert marbré au doré. Sa couleur est en constante évolution de septembre à avril. Vieillissante, elle a la peau fripée et la beauté des gens qui ont vécu plein de choses. On dit aussi de la pomme de Coudre que les bouches sans dents arrivent à la manger.
Parmi mes préférées, il y a aussi la Michotte. Bien heureux qui la possède car elle se fait rare. Jusqu’en 1960, elle faisait la belle au pavé des Halles. Pour cela elle prenait le train à la Loupe, sa contrée d’origine. Cette pomme à deux fins, c'est-à-dire à croquer et à cidre, a la particularité d’être de trois couleurs, brun, rouge, vert. Des couleurs qui se superposent en trois couches dans le sens vertical de la queue à la tête.
Une autre variété que j’aime, paysanne comme les deux précédentes, c’est la Chailleux. Elle est très répandue dans le Perche mais elle vient de Bretagne. Elle a suivi les Bretons migrants. Bonne à croquer, à cuire, à faire du cidre, elle a la réputation d’être vigoureuse et de grande qualité. Elle a un épiderme à fond jaune coloré de rouge et qui va jusqu’au carmin très foncé. Ce fruit de bonne garde –puisqu’il se conserve jusqu’en mars ou avril- est d’abord croquant et juteux, puis se flétrit et devient très sucré.
Avec la Calville d’hiver, on change de catégorie. C’est une variété bourgeoise. Jaune doré, tachée de quelques points noirs qui ne sont pas des traces de maladie, elle a la saveur d’une privilégiée qui connaît les belles tables bourgeoises. Elle est venue par les grands domaines royaux. Les jardiniers de ces grandes maisons empruntaient discrètement quelques greffons, et on la retrouvait ainsi dans les jardins de ville.
Impossible de ne pas évoquer la pomme de Rose. C’est la pomme d’été, l’une des premières de la saison. Après les fruits rouges, c’est le premier plaisir d’un fruit acidulé, juteux, mais qui se conserve mal en devenant farineux. Elle a une peau qui va du rose au rouge sanguin. Plus il y a de soleil, plus elle rougit. Sa chair est blanche, avec un léger parfum de rose quand on l’ouvre ».